Industrialisation de la RDC: Sandrine Mubenga défend une « trilogie » fondée sur les minerais, l’électricité et les STEM

Dans une tribune publiée le 16 août 2026, la professeure Sandrine Mubenga Ngalula expose sa vision de l’industrialisation de la République démocratique du Congo, fondée sur trois piliers indissociables : la transformation locale des minerais, la formation scientifique et l’accès à une électricité fiable.

Sandrine Mubenga part d’un constat selon lequel la République démocratique du Congo ne pourra tirer pleinement profit de ses minerais stratégiques qu’en développant simultanément ses capacités industrielles, énergétiques et scientifiques.

Elle propose ainsi de dépasser une lecture strictement minière de l’industrialisation.Selon cette experte, la disponibilité du cobalt, du cuivre ou du lithium ne suffit pas à bâtir une économie productive si le pays ne dispose ni de l’électricité nécessaire au fonctionnement des usines ni des compétences susceptibles de concevoir, d’exploiter et d’améliorer les technologies utilisées. Sa démarche repose ainsi sur un enchaînement : transformer davantage de ressources sur le territoire national, alimenter cette industrie en énergie et former le capital humain appelé à la soutenir. Cette architecture suppose toutefois des investissements importants, une gouvernance stable et une coordination durable entre l’État, les universités et le secteur privé.

Transformer les minerais pour retenir davantage de valeur en RDCLe premier pilier porte sur la transformation locale des minerais. Sandrine Mubenga estime que la RDC doit réduire sa dépendance à l’exportation de matières premières peu transformées et développer des chaînes de valeur capables de générer des emplois qualifiés, des revenus industriels et des savoir-faire technologiques. Cette orientation s’inscrit dans les ambitions affichées par les autorités congolaises pour développer des chaînes de valeur autour du cuivre, du cobalt et des batteries. Sa concrétisation ne se limite toutefois pas à l’installation d’unités de transformation. Elle suppose des infrastructures de transport et d’énergie adaptées, un accès au financement, un cadre fiscal prévisible, des normes techniques rigoureuses et une main-d’œuvre qualifiée.

Sandrine Mubenga fonde également cette vision sur ses travaux consacrés aux batteries lithium-ion, notamment le « Bilevel Equalizer », un système d’équilibrage conçu pour améliorer la gestion des cellules. Cette technologie, qui a fait l’objet de plusieurs publications scientifiques, illustre, selon elle, la capacité de l’expertise congolaise à contribuer à la montée en gamme technologique et industrielle du pays.

Les STEM placées au cœur de la politique industrielleLe deuxième pilier concerne l’éducation, particulièrement les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). Pour Sandrine Mubenga, la transformation industrielle resterait fragile si les équipements, les procédés et leur maintenance dépendaient durablement de compétences importées.

Elle met en evidence l’action de STEM DRC Initiative, l’organisation qu’elle a fondée pour soutenir la formation scientifique des jeunes Congolais. Selon les données qu’elle communique, 185 bourses universitaires ont été accordées depuis 2018, tandis qu’une dizaine d’autres devraient l’être en 2026.

Sandrine Mubenga cite également la conception de prototypes de respirateurs par de jeunes ingénieurs congolais pendant la pandémie de Covid-19, ainsi qu’un projet de production locale d’oxygène médical. D’après son bilan, huit unités installées en RDC produisent ensemble 22 000 litres d’oxygène par jour. Ces initiatives illustrent sa volonté de rapprocher la formation universitaire des besoins des mines, de l’énergie, de la santé, de l’industrie manufacturière et des infrastructures.

L’électricité, condition préalable à toute transformationLe troisième pilier est l’électrification. Sandrine Mubenga rappelle qu’une industrie minière ou manufacturière ne peut fonctionner durablement sans une alimentation électrique continue, stable et compétitive. Le déficit énergétique demeure ainsi l’un des principaux obstacles à la transformation locale et à l’implantation de nouvelles capacités productives en RDC.

Pour étayer son propos, elle s’appuie sur son expérience à la direction générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), fonction qu’elle a exercée de juillet 2020 à février 2026. Elle met notamment en avant la structuration de l’institution, son déploiement à travers quatre pôles opérationnels et l’accompagnement de l’ouverture du marché à des opérateurs privés.

Dans son bilan, Sandrine Mubenga fait état d’une hausse de près de 39 % de la capacité électrique installée, passée de 2 972 MW à plus de 4 100 MW, ainsi que d’une progression du taux de couverture nationale de 17,9 % à près de 29 %. Ces données doivent néanmoins être lues à l’aune des indicateurs retenus : la capacité installée ne correspond pas toujours à la puissance effectivement disponible, tandis que le taux de couverture peut varier selon la méthode de calcul utilisée.Une vision cohérente qui doit encore se traduire en politiques coordonnées.

L’intérêt de la « trilogie » défendue par Sandrine Mubenga réside dans la relation établie entre trois politiques souvent conduites séparément. La transformation des minerais définit l’objectif économique, l’électricité fournit l’infrastructure indispensable et la formation scientifique prépare les compétences chargées de faire fonctionner l’ensemble.

Pour devenir une véritable feuille de route nationale, cette approche devrait néanmoins être traduite en objectifs mesurables : volumes à transformer localement, capacités énergétiques réellement disponibles, besoins en ingénieurs et techniciens, mécanismes de financement, calendrier d’exécution et responsabilités institutionnelles.

LPP/DosEco

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *