L’opération de démolition des constructions érigées sur les emprises publiques se poursuit dans plusieurs communes de Kinshasa, à l’initiative de l’Hôtel de Ville. Présentée comme une mesure visant à libérer les espaces publics, faciliter la circulation et lutter contre l’occupation anarchique du domaine de l’État, cette campagne suscite également des interrogations parmi les familles directement touchées.
À Masina, comme dans plusieurs autres communes de la capitale, les engins de démolition ont investi différents axes identifiés comme des emprises publiques occupées par des constructions. L’opération a notamment concerné plusieurs secteurs de la commune, avec pour objectif de dégager les passages et de rétablir les servitudes publiques.
Parmi les zones concernées figurent notamment l’avenue Abattoir jusqu’à Béthanie, l’entrée de Matakumu, au Sans-Fil, jusqu’à l’avenue Sep Congo, ainsi que l’axe allant de l’entrée de l’arrêt Tribunal jusqu’à l’avenue Sep Congo. Des démolitions ont également été signalées le long du chemin de fer, notamment dans les quartiers Mfumu Nsuka et Mapela, jusqu’aux abords de l’aéroport.
Une opération jugée salutaire, mais qui laisse des familles dans la détresse
Sur le principe, l’opération est jugée salutaire par certains habitants, qui reconnaissent la nécessité de préserver les emprises publiques et de lutter contre les constructions anarchiques. Mais derrière les pelleteuses et les murs qui tombent, des voix s’élèvent pour dénoncer les conséquences sociales de ces déguerpissements.
Un habitant du quartier Imbali, dont la maison a été démolie et qui a requis l’anonymat, affirme avoir acquis sa parcelle dans des conditions qu’il considérait comme régulières.
« Ces parcelles nous ont été vendues et nous possédons les documents de tous les services attitrés de l’État », témoigne-t-il, estimant que les acquéreurs ne devraient pas être les seuls à supporter les conséquences de ces opérations.
Pour cet habitant, la responsabilité devrait également être recherchée du côté de ceux qui ont vendu des terrains situés dans des espaces interdits à la construction, mais aussi des services publics ayant délivré des documents aux acquéreurs.
Les victimes demandent que les responsabilités soient établies
La situation est d’autant plus préoccupante que certaines familles se retrouvent aujourd’hui sans abri à la suite des démolitions. Si les autorités provinciales défendent la nécessité de récupérer les emprises publiques, les victimes demandent, elles, que leur situation soit prise en compte.
« Ceux qui vendaient les parcelles dans les endroits interdits et les services qui délivraient les documents ont aussi une part de responsabilité », insiste l’habitant d’Imbali.
Au-delà de la question de la libération des emprises publiques, cette situation relance ainsi le débat sur la gestion foncière à Kinshasa. Pour de nombreux habitants, il devient nécessaire de déterminer comment des parcelles situées dans des zones supposées non constructibles ont pu être vendues, attribuées et parfois accompagnées de documents émanant de services de l’État.
L’enjeu pour les autorités provinciales consiste désormais à concilier la restauration de l’ordre urbanistique et la protection des populations victimes d’éventuelles irrégularités administratives. Car si la libération des emprises publiques apparaît nécessaire pour une ville mieux organisée, la question de la responsabilité des vendeurs, des intermédiaires et des services ayant délivré des documents reste entière.
À Masina comme ailleurs à Kinshasa, l’opération ouvre donc un nouveau chantier : celui de la responsabilité et de l’accompagnement des familles affectées par les démolitions.
LK

