Kinshasa : 80 % des agents de gardiennage soumis à de longues heures de travail, selon une étude

Les agents de gardiennage à Kinshasa sont confrontés à des conditions de travail difficiles, caractérisées notamment par de faibles rémunérations, de longues heures de service et une protection sociale insuffisante, révèle une étude menée par des chercheurs de l’École de criminologie de l’Université de Kinshasa.

Réalisée par Auguste Kina Mabiala et Joël Nzampungu Imbole, l’étude s’est appuyée sur des enquêtes de terrain et des entretiens auprès d’agents de gardiennage exerçant notamment dans les communes de Gombe, Mont-Ngafula, Lemba et Masina.

Selon les chercheurs, le secteur du gardiennage constitue aujourd’hui une importante source d’emploi pour des personnes confrontées au manque d’opportunités professionnelles. Des diplômés du secondaire aux universitaires, nombreux sont ceux qui y trouvent un moyen de subsistance dans un contexte marqué par le chômage.

Cependant, cette activité ne garantit pas toujours des conditions de travail conformes aux exigences légales. L’étude relève que près de 90 % des agents interrogés percevraient entre 80 et 200 dollars américains par mois, alors que certains employés de sociétés travaillant avec des représentations étrangères bénéficieraient de rémunérations pouvant atteindre 350 à 400 dollars.

Des journées de travail particulièrement longuesLa durée du travail constitue l’une des principales difficultés relevées par les chercheurs. Environ 80 % des agents interrogés effectueraient des gardes de 12 à 24 heures consécutives, parfois sans relève et sans paiement des heures supplémentaires ou des prestations nocturnes.

Cette situation est susceptible de poser des problèmes au regard des dispositions du Code du travail congolais relatives à la durée du travail et à la rémunération des heures supplémentaires.

L’étude fait également état d’une faible couverture sociale. Selon ses résultats, environ 80 % des agents interrogés ne bénéficieraient pas d’une prise en charge médicale patronale. En cas de maladie ou d’accident professionnel, ils seraient ainsi souvent contraints de prendre eux-mêmes en charge les dépenses liées aux soins.

Des pratiques informelles pour survivreLa faiblesse des revenus pousserait par ailleurs certains agents à rechercher des sources complémentaires de revenus sur leurs lieux d’affectation.

L’étude évoque notamment la pratique dite du « Mbote ya likasu », qui consiste à solliciter de petites gratifications auprès des visiteurs ou usagers. Ces sommes, généralement comprises entre 500 et 2.000 francs congolais, permettraient à certains travailleurs de faire face à des besoins immédiats.

Pour les chercheurs, cette pratique doit être replacée dans le contexte de précarité économique dans lequel évoluent ces agents.Un enjeu de sécuritéAu-delà de la dimension sociale, l’étude estime que les conditions de travail des agents de gardiennage constituent également un enjeu sécuritaire.

Des travailleurs insuffisamment rémunérés, soumis à de longues heures de travail et bénéficiant d’une faible protection sociale peuvent, selon les chercheurs, être davantage exposés au découragement et à certaines pratiques susceptibles d’affecter l’efficacité du dispositif de sécurité.

Face à cette situation, les auteurs de l’étude recommandent un renforcement du contrôle du secteur, notamment par l’application effective de la législation du travail.

Ils préconisent également la formalisation des contrats de travail, le respect des obligations salariales, le paiement des heures supplémentaires, l’amélioration de la couverture sociale et médicale ainsi qu’un contrôle accru des sociétés de gardiennage.

Les entreprises et institutions qui recourent à ces services sont également appelées à accorder une plus grande attention aux conditions de travail des agents employés par leurs sous-traitants.

Pour les chercheurs, l’amélioration de la situation des agents de gardiennage apparaît ainsi comme une nécessité à la fois sociale et sécuritaire dans une ville où ces travailleurs constituent un maillon essentiel de la protection quotidienne des personnes et des biens.

LK

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