RDC : l’Ordre des pharmaciens alerte sur la qualité des médicaments

À l’approche de la Journée mondiale du pharmacien, prévue le 25 septembre, l’Ordre national des pharmaciens de la République démocratique du Congo (RDC) a lancé, vendredi à Kinshasa, la Semaine nationale pharmaceutique 2026, placée sous le signe de la réflexion sur l’avenir du secteur et de la contribution du pharmacien à la couverture sanitaire universelle.

L’annonce a été faite par le président national de l’Ordre des pharmaciens, le Dr Monnot Kayiba Nono Dilayen, lors d’une conférence de presse organisée au siège du Conseil national de l’Ordre, au rond-point Kimpwanza, dans la commune de Kasa-Vubu.

Cette édition s’inscrit dans le thème international de la Journée mondiale du pharmacien 2026 : « Donner aux pharmaciens les moyens d’agir pour un avenir en meilleure santé ». En RDC, cette thématique a été adaptée autour de la couverture sanitaire universelle : « Donner aux pharmaciens les moyens d’agir pour un avenir en couverture de santé universelle ».

Selon le Dr Monnot Kayiba Nono Dilayen, cette orientation intervient dans un contexte où la couverture sanitaire universelle constitue un chantier important du système de santé congolais. La Semaine nationale pharmaceutique sera ainsi marquée par diverses activités à travers les provinces, notamment des conférences, des échanges avec la population, des actions de sensibilisation sur le bon usage des médicaments ainsi que des initiatives sociales dans certains hôpitaux et orphelinats.

Des inquiétudes sur les circuits de distribution

Au-delà de l’aspect professionnel, l’Ordre national des pharmaciens entend attirer l’attention de la population et des pouvoirs publics sur les conditions d’accès aux médicaments.

Le président de l’Ordre estime que l’accès à un médicament ne suffit pas à garantir la prise en charge du malade. Il insiste également sur la nécessité de disposer de produits de qualité, correctement conservés, distribués dans un circuit légal et dispensés par des professionnels habilités.

Il a ainsi appelé la population à la vigilance face aux circuits informels de distribution et les autorités à renforcer la réglementation, l’inspection et le contrôle du secteur.

Selon les chiffres présentés par le président de l’Ordre, Kinshasa compterait plus de 6 800 points de vente non autorisés, contre 103 pharmacies autorisées. Il a également fait état de la présence de nombreux grossistes et répartiteurs dans la capitale.

L’Ordre demande une actualisation des données sur les médicaments de mauvaise qualité

La qualité des médicaments en circulation constitue également l’une des principales préoccupations soulevées au cours de la conférence de presse.

Le Dr Monnot Kayiba Nono Dilayen a rappelé une donnée attribuée à une enquête présentée par le ministère de la Santé lors du 95ᵉ Conseil des ministres en 2023, selon laquelle 60 à 80 % des médicaments en circulation en RDC auraient été de mauvaise qualité.

Trois ans après cette annonce, le président de l’Ordre des pharmaciens souhaite que les autorités établissent un état actualisé de la situation, notamment à travers le renforcement du contrôle, le prélèvement et l’analyse des échantillons dans les laboratoires compétents.

Pour le responsable de l’Ordre, la problématique dépasse les seuls professionnels du secteur. « Derrière les médicaments, il y a un malade qui espère être guéri », a-t-il insisté.

Une interpellation adressée à tous les acteurs

Face aux défis identifiés, le président national de l’Ordre a tenu à présenter la démarche de son institution comme une interpellation destinée à l’ensemble des acteurs concernés.

« Notre démarche n’est pas une confrontation. C’est une interpellation responsable », a-t-il déclaré.

Il a notamment appelé les autorités de réglementation et d’inspection, les laboratoires d’analyse, les universités, les opérateurs économiques et les autres intervenants à assumer leurs responsabilités respectives.

Il préconise notamment un contrôle régulier des établissements, le prélèvement et l’analyse des produits pharmaceutiques, la sanction des pratiques illégales, ainsi qu’une formation des professionnels adaptée aux besoins du pays.

Pour une industrie pharmaceutique nationale

La Semaine nationale pharmaceutique 2026 entend également contribuer à la valorisation de la profession de pharmacien. Le Dr Monnot Kayiba Nono Dilayen a notamment évoqué le départ à l’étranger de certains pharmaciens formés en RDC, qu’il associe aux difficultés du secteur et aux conditions d’exercice de la profession.

L’Ordre plaide, dans ce contexte, pour la création d’un environnement permettant aux pharmaciens congolais d’exercer dans de meilleures conditions et de participer davantage à la transformation du système national de santé.

Il souhaite également voir se développer une industrie pharmaceutique nationale, susceptible de contribuer à la souveraineté sanitaire de la RDC.

Pour l’Ordre national des pharmaciens, la réforme du secteur doit notamment reposer sur le respect de la réglementation, l’autorisation préalable des pharmacies, la présence effective d’un pharmacien responsable et la garantie de la qualité des médicaments.

Son message se résume en quatre principes : pas de médicaments sans garantie de qualité, pas de pharmacie sans autorisation conforme, pas de pharmacie sans pharmacien responsable et pas de couverture sanitaire universelle sans médicaments de qualité.

À travers cette Semaine nationale pharmaceutique, l’Ordre des pharmaciens entend ainsi faire de la célébration de la profession un moment de sensibilisation et d’interpellation autour de la qualité du médicament, considérée comme un enjeu majeur de santé publique et de gouvernance.

LK

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