Contre les PST – Points Sexuellement Transmissibles
Par Oscar BISIMWA, Journaliste et écrivain
Poète moralisateur
Professeur, Pourquoi veux-tu te transformer en prédateur ?
Toi à qui mes parents m’ont confiée pour être mon protecteur.
J’ai veillé, j’ai lu, j’ai révisé pour mon diplôme mérité,
À la lueur d’une torche, car mon quartier n’a pas d’électricité.
Ma mère a vendu son pagne pour payer mes frais, mon dôme,
J’ai marché à pied vers le campus, chaque jour, chaque tome.
J’ai dormi dans les couloirs, la tête sur mes syllabus,
Aux examens j’assure, et ton jury m’impose un hiatus.
Je fais mon recours, je récuse le nombre.
Et toi, face à mon cri, tu me parles de chambre.
Tu veux de tes doigts fins explorer mes cuisses,
Et trouver dans ma chair de brûlantes esquisses.
Tu veux de tes baisers venir croquer mes lèvres,
Et nourrir ton esprit du poison de tes fièvres.
Tu veux forcer mon âme et violer mon ombre,
Et t’enfoncer en moi dans un abîme sombre.
Tu veux planter ton corps comme on plante une lame,
Pour consumer ma vie au brasier de ton âme.
Tout cela pour m’offrir des points si dérisoires,
Que mes nobles efforts ont inscrits dans l’histoire.
Non, mon cher professeur, je me refuse à toi !
Mon corps n’est pas un cours que tu cotes à froid.
Rends-moi la cote due au travail de ma tête,
Pas celle qu’on transmet par le sexe en cachette.
Tu appelles ça « PST », « Points Sexuellement Transmissibles »,
Tu en rigoles avec tes collègues, complices de l’inadmissible.
Moi j’appelle ça viol. Chantage. Abus de pouvoir.
Un diplôme contre une cuisse. C’est ça, ton savoir ?
Tu as une toge, un titre et une chaire ;
Tu devrais avoir une morale, un repère.
Mais tu as tes listes : celles qui résistent,
Et celles qui cèdent, que tu suis, que tu pistes.
Tu dis : « Tu échoueras si tu ne passes pas par moi »,
Tu dis : « Ton avenir est posé entre mes doigts ».
Mais sache une chose, toi, prédateur en cravate:
Mon avenir n’est pas une proie que l’on pirate.
Je suis étudiante. Pas ta proie. Pas ton dû.
Mon corps n’est pas à toi. Il n’est pas vendu.
Retiens tes points, si tu veux. Je garderai ma dignité,
Car mieux vaut échouer propre que de céder ma pureté.
Combien sommes-nous à pleurer après tes cours ?
Combien à quitter la Fac, à changer de parcours ?
Combien sommes-nous à porter ta honte, ce poids viscéral,
Alors que c’est toi qui devrais être devant un tribunal ?
Ô Recteur ! Ô Ministre ! Ô Conseil de l’Université !Entendez-vous ce cri qui vient de la cité ?
Ce ne sont pas des rumeurs, ce sont des filles brisées.
Des carrières au tombeau, des vies terrorisées.
J’exige enfin une loi, un numéro vert, une prison,
Que la chaire redevienne ce qu’elle était : une mission.
Qu’aucune étudiante ne pleure plus pour sa raison,
Que le savoir redevienne notre plus bel horizon.
Le Pouvoir du Peuple

