Le renforcement du rôle du pharmacien dans la prescription et l’utilisation rationnelle des médicaments constitue un enjeu majeur pour améliorer la sécurité des patients, réduire les dépenses évitables et préserver l’efficacité des traitements, a indiqué le professeur Gauthier Mesia, doyen de la Faculté des sciences pharmaceutiques, dans une interview accordée au journal Le Pouvoir du Peuple.
Selon cet enseignant, l’usage rationnel des médicaments doit permettre aux patients de recevoir des traitements adaptés à leurs besoins cliniques, tout en respectant plusieurs exigences, notamment la sécurité, l’efficacité, la posologie, la voie d’administration et la durée du traitement.
« Il faut que les traitements soient sûrs et efficaces », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de respecter les prescriptions et les modalités d’administration des médicaments. Dans cette démarche, le pharmacien a, selon lui, un rôle important à jouer aux côtés des autres professionnels de santé.
Le professeur Mesia a notamment mis en avant l’importance de la formation continue des professionnels. Il a fait état des enquêtes réalisées dans le cadre des travaux de fin d’études, qui permettent, d’après lui, d’identifier certains problèmes liés à la prescription des médicaments en RDC.
À l’en croire, ces travaux scientifiques peuvent également contribuer au recyclage et au renforcement des compétences des professionnels de santé, notamment en matière de prescription et de posologie.
Des prescriptions parfois lourdes
Le doyen de la Faculté des sciences pharmaceutiques a également évoqué une enquête portant sur la prise en charge du paludisme non compliqué. Il affirme que la moyenne des médicaments prescrits sur une ordonnance pouvait atteindre six produits, alors que le respect des recommandations thérapeutiques peut, dans certains cas, limiter le nombre de médicaments nécessaires.
Une telle situation peut avoir des conséquences sur l’accessibilité financière des soins, a-t-il relevé. Pour lui, lorsqu’un patient se voit prescrire plusieurs médicaments, il peut être contraint de faire un choix en fonction de ses moyens financiers, avec le risque de ne pas acheter le traitement recommandé ou de privilégier un médicament moins coûteux mais qui ne répond pas nécessairement à son problème de santé.
Le pharmacien peut ainsi contribuer à vérifier la conformité de la prescription et à sensibiliser le patient sur le bon usage des médicaments, a expliqué le professeur Mesia.

Réduire les effets indésirables et les erreurs
L’usage rationnel des médicaments permet également, selon lui, de réduire les effets indésirables, les interactions médicamenteuses et les erreurs liées à la prise des traitements.
Illustrant son propos à partir d’une enquête sur l’utilisation des antipaludiques, le professeur Mesia a évoqué le cas d’un patient connaissant le nom du médicament qui lui avait été délivré, mais ne maîtrisant pas correctement son mode d’administration.
Cette situation, a-t-il estimé, montre l’importance du rôle du pharmacien dans l’information et l’éducation du patient. Une bonne dispensation ne devrait donc pas se limiter à remettre le médicament, mais également permettre au patient de comprendre comment, quand et pendant combien de temps il doit le prendre.
Le professeur Mesia a par ailleurs insisté sur la nécessité de préserver l’efficacité des anti-infectieux, dans un contexte où leur mauvaise utilisation peut contribuer à compromettre leur efficacité thérapeutique.
Il a enfin fait état de préoccupations rapportées dans le cadre des enquêtes menées à Kinshasa concernant certaines pratiques autour de la prescription et de la délivrance des médicaments, tout en indiquant qu’il était nécessaire de déterminer précisément les responsabilités des différents acteurs concernés.
Pour le doyen de la Faculté des sciences pharmaceutiques, le respect de l’usage rationnel des médicaments passe ainsi par une collaboration renforcée entre médecins, pharmaciens, autres professionnels de santé et patients, afin de garantir des traitements sûrs, efficaces, accessibles et correctement utilisés.
LK

