Deux études consacrées à des problématiques contemporaines de la société congolaise, notamment les rapports de pouvoir dans le milieu universitaire ainsi que les mécanismes institutionnels de prévention et de gestion des catastrophes en République démocratique du Congo (RDC), ont été publiées par deux professeurs congolais dans le cadre de contributions scientifiques en criminologie.
La première étude, intitulée « Savant ou sorcier ? Prédation, iconoclasme et criminologie symbolique de l’enseignant d’Université en RDC », réalisée par les professeurs Taty Mantima Harris et Nzampungu Imbole Joel, s’intéresse aux représentations sociales de l’enseignant universitaire dans le milieu estudiantin congolais.
L’analyse met en évidence une double représentation de l’enseignant, à la fois comme « savant », symbole du savoir et du prestige, et comme « sorcier » ou « kanga-nzela », figure symbolique associée, dans certaines représentations estudiantines, à l’entrave de la réussite et du parcours de l’étudiant.
Selon les auteurs, cette recherche qualitative, menée entre 2024 et 2026 à partir notamment de 60 entretiens semi-directifs, d’observations directes et participantes, montre que les rapports de pouvoir qui structurent l’espace universitaire peuvent être influencés par la précarité institutionnelle et certaines pratiques abusives.
Les chercheurs examinent ainsi différentes formes de prédation académique, économique et sexuelle, ainsi que les mécanismes de captation de rentes et de conditionnement des trajectoires universitaires.
L’étude mobilise également la criminologie symbolique pour comprendre la manière dont les étudiants interprètent certaines expériences d’arbitraire, de violence symbolique et d’abus de pouvoir. Dans cette perspective, la « rationalité sorcellaire » constitue, selon les auteurs, un registre culturel et symbolique permettant de donner sens à certaines expériences vécues dans l’environnement universitaire, mais également d’exprimer la dénonciation et la résistance.
La seconde contribution, intitulée « L’État réactif : la politique du spectacle face aux catastrophes en République démocratique du Congo », réalisée par Nzampungu Imbole Joel et Taty Mantima Harris, porte sur la gouvernance des risques et la réponse des pouvoirs publics face aux catastrophes.
L’analyse de dix sinistres majeurs survenus depuis 2016 met en évidence, selon les chercheurs, un décalage entre les dispositifs normatifs existants et leur application effective en matière de prévention, d’inspection et de contrôle.
À travers une approche relevant notamment de la criminologie environnementale, les chercheurs examinent les notions de « criminalité d’omission », de « tolérance institutionnelle » et de « reddition des comptes ».
Ils interrogent ainsi les responsabilités institutionnelles susceptibles de se poser lorsque des risques connus ne donnent pas lieu à des mesures préventives suffisantes. Les auteurs observent également une forte visibilité de l’action publique après la survenue des catastrophes, à travers les déclarations officielles, les réactions médiatiques et les gestes de compassion.
À travers ces deux contributions, les chercheurs soulignent l’intérêt de la criminologie comme outil d’analyse des phénomènes sociaux et institutionnels contemporains en RDC, en mettant l’accent sur les rapports de pouvoir, les responsabilités institutionnelles et les mécanismes de prévention des risques.
À travers ces deux contributions, les auteurs mettent en évidence l’apport de la criminologie à la compréhension des phénomènes sociaux et institutionnels contemporains en RDC, tout en appelant à renforcer la prévention, la responsabilité institutionnelle et les mécanismes de reddition des comptes.
LK

