Face à l’apparition de la souche Bundibugyo du virus Ebola, le scientifique congolais et co-découvreur du virus Jean-Jacques Muyembe a dressé un état des lieux préoccupant de la situation sanitaire tout en appelant la population à éviter toute psychose. Entre insuffisances dans le système de surveillance, contexte sécuritaire difficile et absence de vaccin spécifique, l’expert estime néanmoins que la République démocratique du Congo dispose de l’expérience nécessaire pour contenir l’épidémie.
Le professeur Muyembe a d’abord pointé des failles importantes dans le dispositif de détection. Selon lui, l’identification tardive du virus, intervenue près de six semaines après l’apparition des premiers symptômes, traduit une responsabilité collective. Il a notamment expliqué que les laboratoires de Bunia étaient principalement orientés vers la détection de la souche Zaïre du virus Ebola, sans prendre suffisamment en compte la possibilité d’une souche Bundibugyo. Une situation qu’il considère comme une défaillance impliquant plusieurs acteurs, y compris les responsables locaux.
Sur l’évolution de la maladie, le virologue a confirmé la présence d’un cas à Goma. Il s’agit d’une femme dont le mari est décédé à Bunia, tandis que les équipes sanitaires poursuivent actuellement l’identification et le suivi des personnes ayant été en contact avec elle. En revanche, il a rejeté les informations faisant état d’un cas à Kinshasa, affirmant que les analyses effectuées n’ont révélé aucun résultat positif.
Concernant la souche Bundibugyo, le professeur Muyembe a précisé qu’elle présente un taux de mortalité estimé à environ 30 %, soit un niveau nettement inférieur à celui de la souche Zaïre, souvent associée à une létalité dépassant les 80 %. Toutefois, il souligne qu’aucun vaccin ou traitement officiellement approuvé n’est encore disponible contre cette variante, même si des solutions potentielles sont attendues dans les prochaines semaines.
L’expert a également mis en évidence les difficultés liées au contexte sécuritaire dans la province de l’Ituri. L’état de siège ainsi que les déplacements massifs des populations compliquent considérablement les efforts de riposte sanitaire. Il a rappelé que ce type de contraintes avait déjà affecté la lutte contre l’épidémie qui avait frappé la région de Beni-Butembo entre 2018 et 2020.
Malgré ces défis, Jean-Jacques Muyembe se veut rassurant. S’appuyant sur l’expérience accumulée par la RDC dans la gestion des crises sanitaires, il rappelle que le pays est parvenu à maîtriser la majorité des précédentes flambées d’Ebola, souvent sans vaccin ni traitement spécifique. Il cite notamment l’épidémie de Bundibugyo enregistrée à Isiro en 2012 comme exemple de réussite, invitant la population à faire confiance aux équipes nationales mobilisées sur le terrain.
« Nous avons des experts. Ils vont gérer cette situation », a-t-il assuré.
LK

