Les rangs de l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, semblent connaître de nouvelles fissures. Plusieurs personnalités issues de son entourage politique, dont Marie-Ange Mushobekwa, India Omari, Marley Vuvu et Arlette Odia, ont annoncé leur prise de distance avec ses orientations, réaffirmant leur attachement à la démocratie, au respect de la Constitution et à la lutte politique par des moyens pacifiques.
Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre et figure politique ayant servi sous la présidence de Joseph Kabila pendant dix ans, a fait savoir qu’elle entendait poursuivre son engagement dans l’opposition, mais en privilégiant les voies démocratiques et constitutionnelles.
Tout en considérant son passage au sein de l’équipe dirigeante de l’ancien chef de l’État comme une expérience importante de sa carrière politique, elle a clairement exprimé son désaccord avec le recours aux armes.
« Maintenant qu’il choisit d’emprunter la voie armée pour défendre ses convictions politiques, je décide de prendre des distances avec cette voie à laquelle je ne suis liée de près ni de loin », a-t-elle déclaré.
L’ancienne ministre maintient néanmoins son engagement en faveur de la démocratie. Elle appelle à l’organisation d’un dialogue « franc, inclusif et constructif », présenté comme une voie susceptible de préserver l’unité nationale dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible.
India Omari et Marley Vuvu réaffirment leurs principes
Dans la même dynamique, India Omari, également cadre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), a rappelé son attachement aux valeurs démocratiques et au respect de la Constitution.
Pour elle, la fidélité aux convictions politiques ne signifie pas nécessairement un soutien inconditionnel aux orientations d’un dirigeant. « Parfois, la fidélité à ses convictions impose de se dissocier de certaines orientations et de prendre du recul lorsqu’elles s’éloignent de nos principes », a-t-elle écrit, soulignant que son engagement demeure pacifique.
De son côté, Marley Vuvu a annoncé sa rupture avec Joseph Kabila au nom du Mouvement des Révolutionnaires Congolais (MRC). Il estime que l’accès au pouvoir doit impérativement passer par les mécanismes prévus par la Constitution, plutôt que par la lutte armée.
« Le Congo n’a pas besoin d’un mouvement rebelle pour déstabiliser les institutions en place. Tous ceux qui veulent accéder au pouvoir doivent se battre par des voies constitutionnelles, et non prendre les armes au risque de sacrifier des milliers de Congolais », a-t-il affirmé.
Marley Vuvu considère que l’ancien président devrait privilégier le débat démocratique au lieu de s’engager, selon lui, dans une démarche susceptible de fragiliser les institutions de la République. Il a, dans la foulée, annoncé que le MRC et lui-même ne lui accordaient désormais plus aucune considération.
Arlette Odia annonce la reprise des activités de son organisation
Arlette Odia a également annoncé la fin de son appartenance à la famille politique de Joseph Kabila, à la suite de la création annoncée d’un mouvement armé associé à l’ancien chef de l’État.
Dans une déclaration faite en sa qualité de présidente de CDUC/ASBL, elle a annoncé la reprise des activités de son organisation, qu’elle présente comme pacifique, pacifiste et autonome, conformément à la Constitution.
« Tout a un début et une fin », a-t-elle déclaré, avant d’affirmer que la création d’un mouvement armé par l’ancien président marquait, pour elle, la fin de son appartenance à sa famille politique.
Cette prise de position s’inscrit dans une série de désolidarisations qui mettent en évidence les divergences entre certaines personnalités proches de l’ancien régime et les orientations qui lui sont désormais attribuées.
Le Front pour la Refondation de la Nation au centre des tensions
Ces prises de distance interviennent dans un contexte marqué par l’annonce du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), une plateforme dont Joseph Kabila aurait pris la tête, selon les informations rapportées par plusieurs sources.
La structure annoncée serait organisée autour de plusieurs responsables, parmi lesquels Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Kaminiki, présentés comme vice-présidents.
Sultani Makenga est, pour sa part, annoncé au poste de chef d’état-major, sans que son rang exact ait été précisé dans les informations disponibles.
L’annonce de cette plateforme et les prises de position de plusieurs personnalités politiques relancent ainsi les interrogations sur l’évolution des rapports de force autour de l’ancien président et sur les perspectives de l’opposition congolaise.
En réaffirmant leur attachement aux voies pacifiques et constitutionnelles, ces acteurs entendent marquer leur différence avec toute orientation fondée sur le recours aux armes. Reste à déterminer les conséquences politiques de ces ruptures sur la cohésion des structures proches de Joseph Kabila et sur l’évolution de la situation politique en République démocratique du Congo.
LK

