Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a annoncé jeudi soir la convocation d’un Dialogue national consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Dans son adresse à la Nation, le chef de l’État a présenté cette initiative comme une démarche souveraine visant à permettre aux Congolais de s’attaquer aux causes profondes des crises qui fragilisent le pays.
Félix Tshisekedi a d’abord défendu la voie diplomatique engagée par la République démocratique du Congo face à la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Il a notamment cité les processus de Washington et de Doha, ainsi que les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine, avec l’appui de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies.
Selon le président congolais, le processus de Washington concerne principalement la dimension interétatique du conflit, notamment les engagements de la RDC et du Rwanda et les conditions d’une sécurité régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États. Le processus de Doha porte, pour sa part, sur la cessation des hostilités avec l’AFC/M23, les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire et la stabilisation durable de l’Est.
Tout en estimant que ces processus doivent être poursuivis et leurs engagements pleinement exécutés, Félix Tshisekedi a souligné qu’ils ne suffisent pas, à eux seuls, à résoudre les fractures internes du pays.
« Notre cohésion intérieure dépend avant tout de nous », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité de renforcer les institutions, la cohésion nationale et la reconstruction intérieure de la République.
Un dialogue présenté comme souverain
C’est dans cette perspective que le chef de l’État a annoncé sa décision de convoquer un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Cette décision intervient, selon lui, après des consultations avec les institutions de la République, les forces politiques et sociales, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les milieux scientifiques, plusieurs personnalités congolaises ainsi que certains dirigeants de la sous-région.
Félix Tshisekedi a insisté sur le caractère exclusivement congolais de cette initiative. Il a assuré que le dialogue sera conçu et conduit par les Congolais, sur le territoire national et dans l’intérêt supérieur de la Nation.
Il a également pris soin de préciser que ces assises ne constitueront ni une négociation avec « l’agresseur ou ses supplétifs », ni un mécanisme destiné à remettre en cause le résultat des élections de 2023. Le président a par ailleurs exclu toute suspension des institutions de la République, qui, a-t-il rappelé, continueront à exercer leurs prérogatives jusqu’à l’expiration constitutionnelle de leurs mandats.
Les 26 provinces au cœur du processus
L’une des particularités annoncées de ce dialogue sera son ancrage territorial. Le processus, a expliqué Félix Tshisekedi, ne débutera pas à Kinshasa, mais dans les 26 provinces du pays.
Avant la tenue des assises nationales, des consultations politiques et techniques seront organisées dans chaque province. Des forums réuniront notamment les populations, les autorités locales, les élus nationaux, les représentants des entités territoriales, les acteurs politiques de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières et les confessions religieuses.
Les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques seront également associés, de même que les organisations de femmes et de jeunes, les travailleurs, les personnes vivant avec handicap et les autres catégories vulnérables.
Chaque province sera appelée à établir son propre diagnostic sur les problèmes qui la touchent, notamment l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités et les obstacles au développement.
« La patrie nous interdit de nous déchirer »
Pour le chef de l’État, l’objectif est de dépasser les rivalités politiques, idéologiques et communautaires afin de placer l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des intérêts particuliers.
Il a toutefois souligné que la recherche de la cohésion nationale ne signifie pas la disparition des divergences politiques ou la remise en cause de la pluralité démocratique. Elle doit plutôt reposer, selon lui, sur le respect des différences, la liberté du débat et la défense de la République.
« Si la démocratie nous autorise à nous opposer, la patrie, elle, nous interdit de nous déchirer », a déclaré Félix Tshisekedi.
À travers ce Dialogue national, le président entend ainsi faire passer la RDC d’une gestion successive des crises à une réflexion de fond sur les causes structurelles de l’instabilité et sur les réformes nécessaires pour consolider durablement la paix, l’unité nationale et l’État.
LK

